Murs-Murs / Carole Karemera et Zainabu Jallo – Ishyo Arts Centre

Project Detail

S’il est vrai que la condition des femmes a incroyablement changé aujourd’hui au Rwanda, qu’elles ont pratiquement retrouvé leur place et leur rôle au cœur de la société, comme c’était le cas auparavant, il subsiste entre les lignes de nos lois, dans les encoignures des portes, dans les murmures et dans les chants adressés aux jeunes filles et jeunes mariées des résidus d’une culture, traditionnelle ou moderne ?, qui jettent une ombre sur le présent et le devenir des femmes. Mais comme on le dit , si souvent et à voix basse :  

« cela dépend du type de femmes auquel tu appartiens. Si la société décide que tu es une femme que les hommes veulent regarder,

tu peux les laisser te regarder  mais ne pas les laisser confondre les yeux et les mains,

mais apprends- leur plutôt à voir à quoi ressemble une femme

Ils n’en ont peut-être jamais vue auparavant.. »

 

Malinda :   Si la société décide que tu es une femme que les hommes veulent  tenir dans leurs bras

Lola :      Tu peux les laisser te prendre dans leurs bras, toute la journée. Après tout, ils s’exercent tout leur vie, pour avoir des corps forts, des muscles tendus. Et peu d’entre eux veulent réellement embrasser cette énigme que nous sommes et admettre qu’ils n’en connaitront jamais la réponse.  Mais nous devons leur faire savoir que ne sommes pas la réponse, nous ne sommes pas le problème, nous ne sommes pas une chanson, ni un poème ou une blague ;

Malinda :   Si la société décide que tu es une femme que les hommes veulent aimer et épouser

Lola:      Tu peux les laisser t’aimer et t’épouser, mais  être aimée n’est pas la même chose  qu’être aimant. Quand on tombe amoureux, c’est comme découvrir l‘océan, et il est si difficile de cesser d’aimer l’océan…

Malinda:    Si la société décide que tu es une femme que les hommes veulent toucher, laissent-les te toucher

Lola :      Parfois ce n’est même pas toi qu’ils cherchent à atteindre, parfois c’est une porte, un  pommeau de douche, une clé ou un sandwich, mais leurs mains t’ont trouvé en premier.

Malinda:    Tu n’es pas transparente, tu n’es pas une une image, une figure, pas d’excuses, surtout    pas d’excuses. Détrompe-toi, tu n’es pas gardienne ni muse ni promesse ni victime. Ne passe pas ton temps à te demander si tu es ce type de femmes que les hommes vont blesser, et si ils te quittent et te brisent le cœur, tu chanteras cette douleur,

Et pardonnes-toi les choix que tu fait, ceux que tu appelles erreurs

Malinda :  Mais si ils te touchent violemment, te brutalisent psychologiquement ou  physiquement,

Hurles, cries, pars en courant,

Rappelles-toi tu es femme, tu es peau, os, veines et sang

Et rappelle-toi que chaque jour x femmes se roulent par terre de douleur, sous les coups de leurs hommes et meurent.

 


Ecriture et interviews : Zainabu Jallo et Carole Karemera 
Mise en scène : Carole Karemera
Avec : Carole Karemera et Cecilia Kankonda

Carole Karemera et Ishyo Arts Centre sont déjà venus sur le territoire jouer We call it love à domicile lors de la saison 2015-16.

Production Ishyo Arts Centre – Neva (Rwanda) / Théâtre de la Poudrerie, création 2018
Coproduction Compagnie Amounra (Belgique), avec le soutien de la Commission internationale du Théâtre Francophone et de l’Organisation Internationale de la Francophonie

Ce spectacle s’inscrit dans le cadre du projet international « Femmes de Kigali, Sevran, Bruxelles », tout comme la pièce Je suis une femme mais je me soigne (2016) écrite par Marie-Capucine Diss à partir de témoignages d’habitantes de Sevran et alentour, mise en scène par Valérie Suner, qui a tourné la saison dernière. Les deux spectacles se font écho et seront joués à domicile à Kigali, Bruxelles avec la compagnie Amounra et Sevran.