Crédit photo : © Marc Allal

Yasmina Ghemzi, Sevranaise, fait partie des jeunes femmes du territoire qui ont réussi les castings pour jouer dans F(l)ammes d’Ahmed Madani.  Elle livre son expérience incroyable des castings organisés par le Théâtre de la Poudrerie et la préparation de la première qui a lieu à Sevran.

Interview réalisée le 13 septembre 2016 pendant les répétitions, après les castings et le test du spectacle avant sa finalisation

Comment se sont déroulés les castings ? Qu’avez-vous fait ?
La 1ère semaine, en octobre 2015, Ahmed Madani nous a demandé de parler de nous. Au départ j’étais perturbée mais peu à peu je me suis laissée aller, et je me suis découverte. Jouer ensemble avec les autres femmes m’a aidée. Par exemple j’ai le souvenir d’une improvisation où je devais jouer la fille d’une autre jeune femme, qui jouait la mère. Nous n’avons pas les mêmes origines, la même vie, le même âge. Mais en jouant, on s’est rendu compte qu’on avait les mêmes mots. On part de quelque chose de personnel pour arriver à l’universalité ; ce que la femme peut vivre. À la fin du 1er stage d’octobre, je ne savais pas si je serais retenue. La vie a suivi son cours, et j’ai su en février que j’étais sélectionnée pour la 2e partie du casting, encore plus intense. Ahmed nous a mises à l’aise. En juin, lors du dernier stage, je commençais à y croire et me disais que c’était un pari sur la vie.
Nous avons travaillé notre déplacement scénique. Nous avons aussi fait des exercices de chant. Je pense qu’Ahmed voulait voir notre évolution aussi, au début il y a du stress, de la timidité. Puis nous devions improviser sur une phrase, un thème par exemple, seule ou à plusieurs. Il y avait aussi de la chorégraphie parfois, je crois qu’il voulait voir toutes les facettes de notre personnalité. Le regard, la présence comptent. Il nous demande de ne pas jouer, mais d’être. Nous avons travaillé à partir de textes appris par coeur, pour trouver une vérité à partir d’un texte qui n’est pas à soi.
Ahmed nous a retenues pour notre personnalité, le fait d’avoir un passé théâtral ou pas n’importait pas. Il nous sondait : nos forces, nos faiblesses. Il a vu une cohérence de groupe ; on s’est choisis mutuellement.

Quelle était l’ambiance ?
Ahmed Madani était à la fois à l’écoute et en retrait pour nous laisser la place. Nous avons formé une micro-société de femmes qui s’organisent. Le dernier jour du casting était incroyable : plein d’énergie et d’émotions. Nous avions noué des liens très forts, très vite. Nous nous sommes livrées pour trouver l’essence de la femme, il y a un rapport de confiance et de sécurité entre nous. Nous nous reverrons toutes, celles qui n’ont pas été retenues aussi, le jour de la première ; je suis émue rien que de le dire !

Quelles ont été les étapes suivantes et quelles sont les prochaines ?
Après le casting final de juin, nous avons été en résidence à Mantes-la-Jolie, puis nous avons testé le spectacle lors d’une tournée de sept représentations dans les CCAS (Caisses Centrales d’Activités Sociales) dans de petites villes en août dernier. Après, nous avons fait une pause avant de répéter pendant deux semaines à Nantes : du 12 au 24 septembre. Les répétitions sont intenses, mais nous prenons conscience de notre fatigue seulement après coup. Nous pourrions continuer toute la nuit ! Je comprends qu’un groupe, qu’une bulle se crée. Nous allons ensuite au Vernouillet pendant deux semaines, puis à Sevran du 20 octobre au 3 novembre, où ce sont les répétitions finales avant la première, le 4 novembre. La tournée commence à Sevran du 4 au 13 novembre, puis nous jouons à la Maison des métallos à Paris, ailleurs en Ile-de-France, à Nantes en janvier, à Amiens, Grasses, Istres, peut-être en Martinique. On va beaucoup voyager, ça va être génial ! Puis nous revenons à Paris jusqu’en avril au moins.

Que retenez-vous jusqu’à présent de l’expérience ?
Que du bonheur ! C’est une expérience un peu stressante mais magnifique : le casting nous a fait travailler au plus proche de ce qu’on est. Je me sens privilégiée, à ma place. Le travail me donne envie de donner davantage. Nous n’avons eu que des retours positifs, les spectateurs avaient envie de partager leurs histoires avec nous.

Quel sera votre état d’esprit avant de monter sur scène ?
Je vais être stressée ! Et en même temps, j’ai vraiment hâte d’avoir les retours des Sevranais. Ce sera à la fois bizarre et magique. On espère être un témoignage d’autres femmes, qu’elles nous disent : « Moi aussi, j’ai vécu ça ». Nous sommes différentes et nous nous ressemblons. Je suis très fière que nous fassions la première à Sevran, parce que c’est un beau projet, fort. C’est un bel hommage au dynamisme des Sevranais, qui sont impliqués dans beaucoup de projets. Sevran est une ville riche de talents. J’aime l’idée que quelque chose de beau et d’ampleur ait son point de départ ici et que ça s’étendra sur le territoire. Que toute notre énergie soit pour les Sevranais en retour, ça m’émeut.

Comment résumeriez-vous F(l)ammes ?  
Je dirais que c’est un docu-fiction sur les femmes qui ont une ascendance étrangère. Le spectacle représente la diversité française, le rapport qu’on a avec nos origines, l’héritage que peut donner et recevoir une femme. Ce sont des tranches de vie, une réflexion sur ce que c’est d’être une femme, surtout lorsque l’on est en banlieue et encore plus lorsque l’on a des origines différentes.

Connaissiez-vous Ahmed Madani avant ? Avez-vous vu Illumination(s) ?
Non, j’ai découvert ce metteur en scène et je n’ai pas vu Illumination(s), mais tout le monde disait que c’était génial. Comme ça j’ai passé le casting sans être influencée. Je suis contente qu’il m’ait sélectionnée, et je crois qu’il ne souhaite pas trop qu’on voie Illumination(s) pour l’instant. J’imagine le travail qu’il a pu faire. Le jour où je verrai la pièce, ce travail me paraîtra logique.

Quel est votre parcours ?
Je suis née à Paris, je suis arrivée à Sevran à l’âge de sept ou huit ans.
J’ai démarré le théâtre par des stages à Sevran avec Kygel Théâtre au collège, pendant les vacances scolaires puis toute l’année. Ça m’a donné envie de continuer et j’ai suivi une formation de théâtre. Mon professeur est devenu mon patron puisqu’il m’a engagée pour mener des ateliers théâtre, par exemple cette année j’étais au collège La Pléiade à Sevran.
Très tôt, je savais que je voulais faire du théâtre, mais le faire réellement, c’est une autre histoire ! Je suis heureuse d’être là. Le théâtre était un loisir pour moi et a pris une place de plus en plus importante. Ça a ouvert une dimension artistique dans ma vie, j’ai réalisé par exemple mon premier court-métrage, que j’ai souhaité tourner au lycée Blaise-Cendrars à Sevran. Cette ville est un lieu d’expérimentation artistique. L’art y était dès le départ abordable, proche de moi. J’ai été dans tous les lieux culturels de la ville, j’ai aussi fait un stage artistique à la maison de quartier Marcel-Paul. C’est bien de démarrer par des stages, ça permet de découvrir sans trop s’engager. À Sevran, j’ai eu l’impression de me dépenser en activités culturelles et sportives, de donner et recevoir humainement et physiquement. J’écrivais des scénarios, par le bouche à oreille, les gens me demandaient de travailler avec eux.

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Du 4 au 13 novembre à la salle des fêtes

Vendredi 4, samedi 5 et samedi 12 novembre à 20h30

Dimanche 6 et dimanche 13 novembre à 15h

 

Représentations scolaires :

mardi 8 novembre à 14h / mercredi 9 novembre à 10h / jeudi 10 novembre à 14h

Salle des fêtes de Sevran
9, rue Gabriel-Péri
93270 Sevran
Voir le plan

Réservations : 01 49 36 51 75

Tarifs :   Plein : 8 € / Réduit* : 6 € / Cartes Emois (Sevran) : 4 €

*Familles nombreuses, plus de 60 ans, étudiants, chômeurs, RSA, – de 20 ans, groupes de plus de 10 personnes

Création avec : Anissa AOU, Ludivine BAH, Chirine BOUSSAHA, Laurène DULYMBOIS, Dana FIAQUE, Yasmina GHEMZI, Maurine ILAHIRI, Anissa KAKI, Haby N’DIAYE, Inès ZAHORE
Texte et mise en scène : Ahmed Madani
Complicité artistique : Mohamed El Khatib / Assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze / Création vidéo : Nicolas Clauss / Création lumières et régie générale : Damien
Klein / Création sonore : Christophe Séchet / Régie son : Jérémy Gravier et Samuel Sérandour / Costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani / Coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom / Coaching chorégraphique : Salia Sanou / Photographie : François Louis Athénas / Administration – Production : Naia Iratchet / Diffusion – Développement : Marie Pichon
Production Madani Compagnie
En coproduction avec Le Théâtre de la Poudrerie à Sevran, Le Grand T théâtre de Loire-Atlantique, L’Atelier à spectacle  – Scène conventionnée de l’Agglo du Pays de Dreux, La CCAS, Fontenay en Scènes à Fontenay sous Bois, l’ECAM au Kremlin-Bicêtre
Avec le soutien de La Maison des métallos, Le Collectif 12 à Mantes-la-Jolie, La MPAA à Paris, La Ferme de Bel Ébat à Guyancourt, La Maison des Arts et de la Culture de Créteil, le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, le Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création, et ARCADI Ile-de-France
En partenariat avec La Terrasse
Madani Compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication-Drac Île-de-France et par la Région Île-de-France

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