Pouvez-vous me dire dire brièvement de quoi parle « Le Prince charmant » que vous mettez en scène ?
La pièce commence alors que Sira se demande si elle va, ou non, quitter son mari. Elle dresse le bilan de sa vie de femme jusqu’alors.
Vous aviez déjà mis en scène des textes d’Alain Pierremont ?
Non, mais j’ai vu de nombreuses pièces d’Alain, toutes depuis que je le connais, depuis 12 ans. On avait le projet de reprendre « Ailleurs » dont j’avais vu la création. J’espère que ça se fera.

Quels ont été vos premières impressions en découvrant le texte ?
Au début, comme j’avais lu les interviews, je les ressentais. Mon travail a été de me recentrer sur l’unité du personnage, me détacher des interviews, ne voir qu’une seule personne, voir Sira et pas les personnes interviewées.

Comment avez-vous travaillé la mise en scène avec l’auteur ?
Nous avons fait des lectures à la table. Alain nous a lu le texte, à moi, puis à Wilda et moi. Ensuite Wilda nous l’a lu. Alain nous a éclairé sur la vie du personnage. C’est un luxe d’avoir l’auteur à portée de main pour échanger. C’est formidable de monter un texte pour la première fois. J’adore. C’est un grand moment d’émotion. A la première lecture du texte par Wilda, le passage sur le père a été assez étonnant. Wilda a été extrêmement juste sur un passage que j’aime beaucoup, quand le personnage raconte la fin de vie de son père. Wilda a immédiatement ressenti l’émotion, les larmes sont venues.
Alain a été très ouvert dans la façon de transmettre son texte. On lui a demandé de faire de petites modifications… Et finalement on est revenu sur tout. Pourtant, il avait tout laissé ouvert. Mais nous avons découvert, chemin faisant, que ce qui nous était apparu d’abord comme des contradictions, faisait l’intérêt du personnage. Alain nous a laissé travailler, il nous a fait confiance.

 Et avec la comédienne ?
Je connais Wilda depuis longtemps. Nous avons travaillé sur « Bones » et « La Femme fantôme », deux textes de Kay Adshead. J’aime la collaboration avec Wilda, on peut tout lui demander, il n’y a pas de barrière. On a une grande complicité. Elle aime aller dans le détail et moi aussi. Tout est très millimétré dans la gestuelle et les intentions de jeu. On discute, il y a beaucoup d’allers-retours sur les intentions, le sens d’une phrase. Wilda aime être dirigée et j’aime la direction d’acteur.
Elle est aussi très physique et j’aime travailler avec elle sur le corps. Il y a deux passages dansés : un devant la glace très stéréotypé, un second plus danse contemporaine, que j’aime beaucoup.

 Y a-t-il une mise en scène particulière pour une pièce à domicile ?
La mise en scène est forcément régie par le peu d’espace. Mais j’avais néanmoins envie d’un espace scénique. J’ai vu, à domicile, des pièces avec et d’autres sans scénographie. J’ai voulu un espace délimité par une lumière. On y a réfléchi avec Laurent Béal. Je souhaitais un espace clos, lié à ce qui est raconté. Le personnage est enfermé dans un espace mental, tout le long de la pièce, elle cherche à en sortir. Elle y parvient d’ailleurs. Il n’y a pas de régisseurs, Wilda est autonome, elle gère la lumière et le son. C’était une des contraintes à respecter. J’ai eu la chance d’être aidée pour la lumière et par Mohammed Beldjoudi pour la musique.

 Qu’est-ce qui vous intéresse dans le fait de jouer à domicile ?
C’est l’intimité que l’on créé entre la pièce et les spectateurs par l’intermédiaire du comédien. Dans la pièce d’Alain, j’aime les allers-retours entre des passages anecdotiques assez légers et des moments d’introspection plus graves. Dans le jeu, pour interpréter ces derniers, la comédienne est plus tournée vers elle. Ce sont des passages intenses, comme celui sur la mort de son père, et une adresse directe, les yeux dans les yeux avec les spectateurs, seraient trop. En même temps, c’est ça qui est formidable à domicile : le rapport est décuplé. En revanche, pour le comédien, pas moyen de se protéger non plus. Il faut des très bons comédiens pour tenir le cap. Je parlais des personnes qui m’ont aidé pour les lumières, le son, de la collaboration avec Alain et Wilda, les échanges sont toujours très enrichissants. A domicile, c’est vrai aussi avec le public. La pièce continue dans le regard des spectateurs.

 Quelles sont les intentions de la pièce ?
Sira, le personnage de la pièce, est à la recherche de sa liberté. Tout le long, elle enlève ses barrières, qu’elles soient culturelles ou non. C’est un cheminement vers la liberté, qui pour elle, pourrait passer par mettre le voile, ce qui peut paraître paradoxal. C’est le chemin d’une jeune musulmane de Sevran, mais en même temps, beaucoup s’y reconnaissent. Wilda et moi ne sommes pas de confession musulmane et avons beaucoup de points communs avec Sira. Une fois, à la fin d’une représentation, un homme est venu me voir, persuadé que sa femme avait témoigné et raconté la moitié de sa vie alors que pas du tout. Il y a quelque chose d’universel dans cette histoire de Prince charmant !