De quoi parle la pièce de Marc-Antoine Cyr que vous mettez en scène ?
C’est l’histoire d’une hôtesse de l’air qui est tiraillée entre son métier et sa vie personnelle. Elle n’a pas vu grandir son fils. Elle pensait que le temps en l’air ne comptait pas. En plus son fils est né un 29 février, il ne fête pas son anniversaire tous les ans… En tout cas, elle ne l’a pas vu vieillir, soudain il a 20 ans et elle s’en rend compte. Il s’émancipe…

C’est une création, est-ce la première fois que vous mettez en scène une texte de Marc-Antoine Cyr ?
Je n’avais effectivement jamais mis en scène de texte de Marc-Antoine avant. Mais j’en ai beaucoup lu avant de choisir de le prendre en résidence. Son écriture m’intéressait notamment parce qu’elle est douce en apparence, dans une première lecture, elle donne l’impression d’effleurer les sujets. Et en fait, elle traduit une grande blessure, parfois même une violence. C’est le cas par exemple dans « Fratrie » (paru chez Quartett en 2012). J’aime ce genre d’écriture où tout n’est pas donné à la première lecture.

Comment avez-vous travaillé avec l’auteur ?
Je savais que Marc-Antoine faisait des interviews, qu’il recueillait des paroles sur le thème masculin/féminin, mais il a gardé le secret. Il avait son sujet. Il a été traversé par les paroles surtout de femmes, leur capacité à tout organiser, à gérer le quotidien pendant que le mari est souvent devant la télé… Il m’a donné le texte début août. J’ai procédé comme à mon habitude, j’ai lu le texte plusieurs fois pour m’imprégner, comprendre les intentions. Puis il y a eu un travail de plateau avec Pascale Girandini, la dramaturge de la compagnie. Nous avons proposé à l’auteur de couper le prologue et l’épilogue qui, pour moi, racontaient trop. J’aime les textes qui ne disent pas tout. Marc-Antoine a été d’accord.

Et avec la comédienne ?
Nous travaillons ensemble depuis longtemps. Ce sont des allers-retours entre mes indications et ce qu’elle ressent, ça se fabrique à deux. C’est une question d’écoute, il s’agit de respecter le texte, le comprendre, aussi bien dans le fond que dans la forme. Par exemple, pourquoi dans son texte Marc-Antoine va-t-il tout le temps à la ligne ? Il faut entendre les silences, comprendre les ruptures, voir, en jeu, ce que ça raconte.

Quel est votre passage préféré ?
Je n’en ai pas, je me suis vraiment attaché au personnage, Georgina. Cette façon de tout gérer, d’organiser le temps pour que tout fonctionne. C’est un certain hommage aux femmes.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la démarche d’aller jouer à domicile ?
La compagnie s’est très vite posé cette question, comment rencontrer des gens qui, a priori, ne vont pas dans les salles de théâtre. Cette proximité rend le théâtre plus accessible. Beaucoup de gens ne viennent pas dans ce lieu « théâtre » qui semble réservé à certains. J’adore aller chez les gens, il n’y a plus ce problème du bâtiment, c’est comme une veillée d’avant au coin du feu où, soudain, on enchante le réel. On est attaché à cette démarche depuis très longtemps, presque depuis le début, les années 82, 83.

Quelle est l’intention de la pièce ? Quelles réactions souhaitez-vous susciter chez les spectateurs ?
Qu’ils prennent du plaisir. Sous couvert de quelque chose d’assez léger, la pièce met en avant cette faculté qu’ont les femmes à prendre en charge énormément de choses. C’est fantastique : même si elle n’est pas là, elle est hôtesse de l’air, elle prévoit tout, les repas de la semaine et même les chemises de son mari. C’est vraiment ce que Marc-Antoine a capté pendant les entretiens, et pas seulement avec des hôtesses de l’air. Souvent elles gèrent tout pendant que les maris sont devant leurs programmes télé.