De quoi parle votre pièce ?
C’est une relecture du mythe d’Hercule et de ses 12 travaux. Mais Hercule est né en 1973 à Sevran. Comme dans la légende, il est le fils de Jupiter et d’Alcmène. C’est un très beau gars, très viril, tellement homme qu’il bat sa femme. Elle se barre. La famille de l’épouse lui tombe dessus. Et comme dans la mythologie, Hercule a une ennemie : Junon. Elle profite qu’il se retrouve à l’hôpital dans le coma pour le transformer en femme.

La pièce est à la fois un portrait sur la virilité, la façon dont elle se construit, et, dans le même corps, elle pose la question de ce que signifie être une femme. Hercule est transformé en femme, il se réveille à l’hôpital, voit une infirmière et comme à son habitude, il va essayer de la draguer. Et là, elle lui répond « excusez-moi, mademoiselle. ». C’est au travers du regard des autres et de la façon dont on le traite qu’il comprend ce que c’est qu’être une femme.
La pièce évolue. Au début, tout se passe bien… c’est-à-dire dans une société masculino-normée. Ce qui arrive aux femmes n’est pas si grave. Dans les premières scènes, Jupiter se déguise pour séduire Alcmène. Il prend l’apparence de son mari pour se glisser dans son lit. C’est un humour d’homme, un ressort comique vieux de 2500 ans mais hyper machiste, en fait. Et petit à petit l’ambiance change. Le spectacle est ouvert, il pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses.
Il fonctionne de manière étonnante. Je mêle le comique, la narration, la poésie, le fantastique. Les avancées ne sont jamais prévisibles. Et le comédien est très fort. Il n’y a qu’un comédien mais une pluralité de voix, ce n’est pas un monologue. C’est un exercice très difficile de jouer une dizaine de personnages. Au début, il est aidé par des figurines qu’il fait parler, mais par la suite, elles disparaissent et toutes les identités sont dans un même corps.

Vous avez, avant d’écrire, rencontré des habitants du territoire ou des personnes qui y travaillent. Comment avez-vous travaillé ensuite ?
Les entretiens étaient tous passionnants. Et ils n’allaient pas tous dans le même sens. A partir de là, on peut choisir d’aller vers une parole documentaire, mais ce n’est pas le théâtre que j’aime. Je préfère la fiction, le fantastique. Je trouve que cela permet d’ouvrir et de toucher davantage les gens. C’est moins collé au réel, mais ça l’interroge de manière plus détourné. J’ai donc fait un choix intuitif de tous les passages dans les entretiens qui m’intéressaient, je les ai réunis dans un seul document. Je n’ai pas pu tout garder. Mais par exemple dans la pièce, il y a un passage poétique, une image d’une épave de bateau dont la végétation s’est emparée et qui est devenue une île. C’est une femme qui est allée en Guyane et a vu cette île qui me l’a raconté. J’ai repris cette image, une épave qui se transforme en quelque chose de neuf, comme ce corps d’homme qui s’adapte à une nouvelle vie.
Ce qui m’a touché dans les entretiens, c’est que des femmes m’ont raconté que d’être une femme, c’est comme avoir un logiciel dans la tête. Elles doivent se battre contre le monde et contre elles-mêmes. Par exemple, il y a en a une qui me disait qu’elle détestait la compétition. Mais est-ce qu’elle détestait la compétition parce qu’elle est de gauche, ou parce qu’elle est une femme ? Quand Hercule devient Herculine, ce qu’il ressent en tant que femme ne vient pas de moi, mais de ce qu’on m’a raconté.
Au-delà des paroles, ce sont aussi des décors mentaux que l’on intègre en rencontrant les gens. Par exemple, le pavillon en meulière dont je parle dans la pièce, j’y suis allé.

Comment gérez-vous la double casquette de metteur en scène et auteur ?
C’est plutôt agréable. Les répets vont plus vites. On n’a pas d’interrogations sur les intentions de l’auteur. Avec le comédien, tu te rends compte de ce qui marche ou pas. Et le metteur en scène s’autorise à changer le texte de l’auteur.

Comment travaillez-vous avec le comédien ?
C’est un accompagnement. Si le comédien me dit : « Je n’ai pas d’inspiration. », je suis complètement démuni. Tu travailles tellement avec ton inconscient que quand le comédien fait une lecture, c’est formidable. La façon dont il sert le texte est inattendue, c’est un truc magique. Le texte sort de toi mais ne t’appartient plus.